notre globe avec des femmes qui marchent
Revendications 2000
   
Comment avons-nous procédé en 2000?
 

Cette plate-forme de revendications belges a été élaborée par environ une soixantaine d’associations de femmes de tous horizons - ong, services femmes des syndicats, associations d’insertion, collectifs pour femmes battues, grands mouvements féminins et féministes…- francophones et néerlandophones. Nous avons organisé durant un an et demi des ateliers de réflexion sur les thèmes de la pauvreté et de la violence, en prenant pour point de départ la plate-forme de revendications internationales, que vous trouverez en fin de cahier.

Nos propositions partent de différents constats posés sur les effets néfastes du mode de développement poursuivi par nos gouvernements successifs d’une part, sur la persistance de discriminations économiques, sociales et politiques envers les femmes d’autre part.

Chaque revendication est accompagnée d’une explication spécifique. Pour chaque thème, l’ensemble des revendications est précédé d’une réflexion globale dans laquelle nous tentons de faire apparaître le lien entre la situation nationale et internationale, la façon dont la pauvreté et la violence affectent spécifiquement les femmes et se développent à leur détriment.

Revendications
Nos revendications portent sur les moyens d’éliminer la pauvreté et d’enrayer la violence envers les femmes. Nous avons jugé pertinent de distinguer, parmi les propositions pour lutter contre la pauvreté des femmes, celles qui visent à combattre la pauvreté dans notre pays et celles qui visent à combattre la pauvreté des femmes dans le monde et que notre gouvernement se doit d’appuyer dans le cadre de sa politique de coopération. Certes, nous reconnaissons que toutes les situations de pauvreté, au Nord comme au Sud, à l’Ouest comme l’Est, sont liées à la présence, à l’échelle mondiale, d’un même système économique producteur d’inégalités. Cependant, la richesse accumulée dans le Nord a permis, au prix de luttes sociales, une certaine redistribution à laquelle les travailleurs et travailleuses du Sud n’ont pas ou peu eu le droit. Nous ne pouvons lutter à la place des femmes du Sud pour que leurs gouvernements accèdent à leurs demandes. Nous pouvons en revanche lutter avec elles et exiger de notre gouvernement qu’il intervienne sur certains enjeux croisés, tels que le prélèvement d’une taxe sur les flux financiers internationaux en faveur des mouvements de femmes, l’annulation de la dette du Tiers-Monde et l’abandon des Programmes d’Ajustements Structurels, ou encore la reconnaissance, à un niveau international, de l’importance de la souveraineté alimentaire.

En ce qui concerne la violence, nos revendications s’adressent principalement à nos autorités et concrétisent dans le cadre législatif belge les exigences de la plate-forme internationale.

De manière générale, nous avons voulu faire apparaître, à travers nos revendications et nos constats, la difficulté généralisée que connaissent les femmes à l’échelle du globe d’effectuer le travail de « reproduction élargie » qu’elles assument généralement et d’acquérir leur autonomie. Dans le domaine de la production ou de la préparation de nourriture, de l’éducation, de la santé mentale et physique des membres de la famille, les politiques d’austérité poursuivies partout dans le monde ont considérablement entravé la capacité des femmes à y remplir des fonctions pourtant vitales.

Elles ont aussi rendu plus difficile et inégale l’insertion des femmes dans le monde du travail et du pouvoir politique. Par conséquent, nos revendications peuvent se lire comme autant de versions d’une demande globale faite aux autorités publiques de Belgique et du monde de cesser les politiques libérales qui coupent dans les dépenses sociales (susceptibles d’alléger et de faciliter le travail de « reproduction élargie » effectué par les femmes) et de réintroduire, dans le discours comme dans la pratique, le souci de la redistribution des richesses (entre classes sociales) d’une part et de l’égalité et du partage des tâches (entre les sexes) d’autre part.

 

Revendications pour lutter contre la pauvreté au niveau national

1.1. La politique d’austérité menée en Belgique et ses effets sur les femmes

Notre société est profondément inégalitaire. Dans l’esprit d’un grand nombre, la place, les droits et les revenus des femmes sont encore toujours considérés comme secondaires. Les femmes forment d’ailleurs la majorité des citoyens disposant de revenus faibles ou insuffisants. La politique de rigueur menée par le gouvernement ces dernières années visait clairement les droits des citoyennes. Au nom de l’assainissement des finances publiques, les autorités politiques ont introduit des moyens d’exclusion efficaces à l’égard des femmes, avec pour conséquence de réduire certains de leurs droits (art.80, temps partiel, etc.).

Les femmes font les frais d’une société patriarcale et en temps de crise, les autorités politiques ont répercuté de manière inéquitable les efforts à consentir sur le dos des femmes. Elles sont victimes de mesures les touchant non seulement sur le plan financier mais dans leur qualité d’être humain autonome et dans leur capacité à vivre d’un revenu propre.

1.2. Pauvreté relative et inégalités de sexe liées au travail

Cette politique pourvoyeuse d’inégalités est elle-même responsable de la précarisation d’un grand nombre de femmes. De fait, dans la sphère du travail, quand elles ne sont pas tout bonnement exclues du marché de l’emploi, les femmes ont le triste privilège d’être confinées dans certains secteurs de l’économie tels que le télé-travail, l’intérim ou les Call Centers où sous-statuts, temps partiels, conditions de travail précaires sont rois.

Dans le domaine de la sécurité sociale, le statut de cohabitant traduit les effets discriminatoires à l’égard des femmes d’une politique patriarcale... Une autre manifestation de cette profonde inégalité est la sous-représentation récurrente des femmes dans différents lieux de pouvoir, que ce soit dans la sphère économique, sociale ou politique...

1.3. L’urgence de mesures pour lutter contre la pauvreté des femmes

Pour éradiquer la pauvreté et les mécanismes de précarisation des femmes, il faut donc lutter contre les diverses mesures qui confisquent aux femmes une partie de leurs revenus (travail à temps partiel) et de leurs droits en sécurité sociale (statut de cohabitant, pensions,... ) ou les empêchent de s’investir dans les sphères sociales et professionnelles (fermeture des services collectifs, suppression de l’accueil extra-scolaire,...). De même, des changements culturels radicaux sont indispensables pour que les femmes puissent bénéficier, autant que les hommes, des mêmes conditions de vie, des mêmes droits et des mêmes revenus. Car la législation actuelle en vigueur est le « fruit » d’une conception culturelle du rôle et de la place de la femme dans la société. Il est urgent que toute politique fasse l'objet d'analyse prenant en compte l'indicateur « genre ».

Un vrai changement ne peut venir que de l’engagement des hommes et des femmes dans toutes les sphères de la vie, dans tous les secteurs de la société. Nous estimons que les femmes soucieuses des autres femmes ont également intérêt à investir les lieux de prise de décision car dans le monde actuel, seules des instances publiques sont susceptibles d’offrir une amélioration collective de la situation des femmes. Les instances privées ne peuvent offrir que des accès individuels à l’amélioration du statut de la femme (à travers une bonne carrière par exemple).

Pour lutter contre la pauvreté qui touche les femmes, une véritable société paritaire doit être construite, afin que les femmes puissent participer, autant que les hommes, aux différents lieux de pouvoir et champs d’activités de la vie : sphère sociale, économique, culturelle, politique, etc. La construction d’une démocratie paritaire est une condition sine qua non à l’obtention de l’égalité des sexes. Une participation équilibrée des femmes et des hommes à la prise de décision permettra de mieux prendre en considération les intérêts de toutes et tous dans la société et aura le mérite d’utiliser toutes les ressources et compétences existantes dans l’humanité, d’engendrer des idées nouvelles, des valeurs et des comportements différents, allant dans le sens d’un monde plus juste et plus équilibré tant pour les femmes que pour les hommes.

Cela nécessite aussi d'entendre la parole des femmes exclues qui sont les premières concernées.

Nous marcherons contre la pauvreté à un niveau national
pour garantir des droits à toutes les femmes

a) Des droits individuels en matière de sécurité sociale :

  • P1. Pour consolider la protection sociale de l'ensemble de la population et répondre aux besoins réels, il est indispensable d'obtenir les droits individuels en Sécurité sociale. Ce processus d'individualisation doit naturellement se faire solidairement et progressivement sans provoquer de nouvelles formes de précarité.
    Une première étape importante est la suppression du statut de cohabitant au profit de droits individuels généralisés pour tous. Ils concrétisent le principe d'égalité entre les êtres humains, quels que soient leur sexe et leur état civil ou la forme de travail qu'ils exercent.

b) Des droits individuels dans les matières sociales et civiles :

  • P2. Les femmes d'origine étrangère doivent bénéficier de droits sociaux, civils et politiques individuels : droit de séjour, permis de travail, droits sociaux, droit de vote,...
  • P3. La répudiation, en vigueur dans certains pays de religion musulmane, est une forme de divorce intolérable dans notre pays. Nous demandons aux responsables politiques de refuser l'application de l'ensemble des lois, accords et conventions discriminatoires envers les femmes et de supprimer la reconnaissance légale de la répudiation comme forme valable de divorce.

Nous marcherons contre la pauvreté à un niveau national pour
garantir des revenus à toutes les femmes tout au long de leur vie, quelle que soit leur situation familiale et professionnelle.

a .Le droit au travail

  • P4. Nous réclamons de la part de nos décideurs une attention particulière pour les femmes peu scolarisées, qui doivent figurer parmi leurs priorités.
 

« Dans la lutte contre la pauvreté, l'insertion socio-professionnelle est un facteur primordial. La suppression de la pauvreté est fortement liée au fait d'avoir un travail rémunéré et d'être autonome. Le facteur travail est la clé du respect de soi, de l'estime, du revenu et d'un meilleur logement, de l'unité familiale et des possibilités d'étude ».

  • P5. Nous voulons également le développement d’emplois de qualité procurant un revenu et un statut qui permettent de vivre dans la dignité.
  • P6. L'égalité homme-femme doit être garantie dans l'accès à l'emploi.
  • P7. L'assouplissement de l'accès à l'emploi des femmes rentrantes doit être promu en leur permettant notamment d'accéder aux programmes de résorption du chômage.

b. Le droit à un statut correct et égal entre hommes et femmes

  • P8. L'égalité de rémunération doit être assurée entre les hommes et les femmes pour un travail de valeur égale. Cela nécessite de revoir et d'appliquer la classification des fonctions en prenant en compte d'autres critères d'évaluation que celles actuellement en vigueur.
  • P9. Améliorer le statut des travailleuses et des travailleurs nécessite aussi une revalorisation significative du salaire minimum
  • P10. Nous exigeons aussi une revalorisation significative du revenu garanti pour personnes âgées. Puisque les femmes jouissent d’ une espérance de vie plus élevée, elles se voient plus souvent confrontées à des frais élevés pour des soins nécessaires en vieillisant. Ce qui les met dans une position de revenus très faibles. Ce sont surtout des femmes très âgées et vivants seules qui forment un groupe vulnérable. De plus les femmes qui n’ ont jamais été dans le circuit du travail rémunéré ou qui ont eu une carrière limitée avec peu de rémunération, n’ont pas droit à la retraite ou ne reçoivent qu’une petite pension. Elles font appel au revenu garanti pour les personnes âgées, un revenu qui est trop faible et qui est relié à des conditions trop sévères. Afin d’éviter que les femmes âgées ne tombent dans la pauvreté, nous demandons des conditions plus souples pour le revenu garanti, l’adaptation régulière du montant de ce revenu et des pensions.
  • P11. Il est urgent également de développer un statut légal et décent pour les conjointes aidantes, leur assurant un revenu et des droits sociaux propres. Dans notre pays le statut des conjointes aidantes est la seul catégorie professionnelle qui ne génère pas de droits sociaux. En cas de décès ou de divorce, il n’est pas rare que les femmes doivent faire face à des problèmes financiers et de tomber dans la pauvreté.

c. La réduction collective du temps de travail

Si l'emploi reste un des piliers essentiels de l'intégration sociale, il doit pouvoir s'insérer harmonieusement dans la vie sans en écraser toutes les autres dimensions.

Or, aujourd'hui, nous avons d'un côté des femmes que la surcharge de travail empêche de vivre convenablement, de l'autre, des femmes au chômage ou sans revenus.

A la question fondamentale du droit à l'emploi et à l'accès à un revenu correct pour tous s'ajoute donc l'indispensable accès à une vie de qualité pour tous. Nous pensons que la réduction du temps de travail peut y contribuer.

  • P12. La réduction du temps de travail obligatoire et généralisée (ex.: 32 h.) doit être enfin décidée. Elle peut établir une plus grande égalité entre les hommes et les femmes, mais doit s'assortir pour cela d'embauches compensatoires et du maintien du salaire.Parmi les modèles de réduction du temps de travail, le crédit-temps est une formule de réduction collective du temps de travail qui favorise l'égalité entre hommes et femmes.
    Il s'agit d'un crédit de 5 ans pris obligatoirement par tous, et utilisé selon par périodes fragmentées. Un salaire de remplacement doit permettre aux travailleurs-euses de maintenir leur niveau de vie. Il devrait être plafonné à 80.000 FB bruts.
    Il doit donner lieu à une embauche compensatoire et remplacer les formules actuelles d'interruption de carrière et de temps partiels.
  • P13. En contrepartie, nous exigeons la suppression du temps partiel non-volontaire et imposé dans le cadre d'une flexibilité sauvage.

Nous marcherons contre la pauvreté à un niveau national

pour garantir le droit à la subsistance pour les femmes divorcées

Nous refusons que 60 % des minimexés soient des femmes seules avec enfants à charge, tout simplement parce que leur droit de recevoir une pension alimentaire n'est pas respecté. Plutôt que rendre les femmes dépendantes des CPAS, nous rappelons la nécessité de créer un fonds de créances alimentaires au sein du Ministère de la Justice. Ce fonds serait chargé de percevoir et de verser toutes les créances alimentaires. Il éviterait aux particuliers le coût des procédures pour tenter d'obtenir ce qui leur est dû. Cela ne demande pas de gros investissements financiers. Plutôt que de favoriser l'assistance lorsque la pauvreté s'est installée, il s'agit de garantir un droit et d’instaurer un mécanisme de versement automatique qui prévient cette situation.

  • P14. Nous revendiquons la création d'un fonds de créances alimentaires

Garantir le partage des tâches entre hommes et femmes

Permettre la conciliation entre la vie professionnelle, la vie familiale et la vie sociale et favoriser l'égalité dans le partage des tâches exige des droits, des revenus mais aussi des services adaptés aux besoins des familles, accessibles financièrement, suffisants pour répondre à la demande.

  • P15. Nous revendiquons donc des services
 

. d'accueil des enfants (petite enfance, activités para-scolaires, enfants malades)

. d'aide familiale

. d'accueil des personnes âgées

. d'accueil des personnes handicapées

correctement subsidiés, et garantissant aux travailleurs-euses un statut et une rémunération qui reconnaissent la qualité et la juste valeur du service rendu

Assurer la redistribution des richesses en faveur de l’économie sociale

L'avenir de nos sociétés appelle de toute urgence le développement d'une économie solidaire, créatrice de liens sociaux, de solidarités concrètes et d'emplois qualifiés.

Si ce développement demande des moyens financiers nouveaux, cela exige surtout une redistribution des richesses produites par la spéculation financière afin que les revenus du travail ne soient plus quasi les seuls à contribuer au financement des politiques sociales.

  • P16. Nous exigeons donc que le gouvernement belge soutienne et stimule, par des incitants fiscaux, des initiatives dans le domaine de l'économie solidaire qui pourraient être orientées vers l’objectif d’alléger le travail de « reproduction élargie » largement pris en main par les femmes.
 

II. Revendications pour lutter contre la pauvreté au niveau international

2.1. Les inégalités entre pays et régions du monde

La pauvreté dans le monde est toujours croissante, plus de 80 pays ont un revenu par tête d'habitant inférieur à ce qu'il était il y a 10 ans. La brèche entre les pays riches et les pays pauvres augmente, l'écart de revenu par habitant entre le pays le plus pauvre (la Sierra Leone) et le pays le plus riche (le Canada) est aujourd’hui de 1 à 55. Mais nous sommes conscientes qu’une différence de revenu par habitant ne suffit pas à illustrer les inégalités entre pays.

 

"Les inégalités dans le monde portent sur l'accès aux ressources naturelles (terre, eau), matérielles (outils, technologies), et financières (crédits, subsides). Les inégalités portent aussi sur le pouvoir de décider à quoi vont être affectées ces ressources et à quoi vont être utilisés les bénéfices et les profits de l'activité économique.

Ces rapports d'inégalités se retrouvent à de multiples niveaux : entre les différentes régions du monde, entre les pays, entre les zones urbaines et rurales, entre les citoyens et les citoyennes d'un même pays".

 

 

2.2. Les inégalités entre les sexes aussi sont mondiales

Les inégalités entre pays se doublent d’inégalités entre les sexes. Généralement parlant, les filles accèdent plus difficilement à l'enseignement et leur situation n'est guère plus souriante sur le marché du travail. Elles sont mises au travail dans les emplois les moins bien payés et reçoivent souvent un salaire inférieur à celui des hommes lorsqu'elles arrivent à décrocher un travail de même niveau. Lorsque l'emploi formel décroît, ce sont les femmes qui sont licenciées les premières. Dans certains pays, elles n'ont même pas le droit de travailler à l'extérieur. On retrouve les femmes dans les secteurs professionnels les moins bien payés et qui leur sont traditionnellement attribués (l'éducation, l'enseignement, la santé, les soins aux personnes ...)

 

" Dans le monde, pas moins de 70% de tous les pauvres, soit 1,3 milliards de personnes, sont des femmes. Elles sont aussi plus longtemps et plus durement touchées par la pauvreté que les hommes. Ce triste état de fait est directement lié au statut inférieur de la femme partout dans le monde".

Par ailleurs, les charges familiales qui reposent en général sur leurs épaules réduisent leur mobilité et leurs chances de trouver du travail rémunéré.

Les femmes sont aussi créatrices de nouvelles formes de revenus capables d'associer vie familiale et emploi, dans l’agriculture par exemple. Mais dans le secteur rural, les droits de propriété et d'héritage sont défavorables aux femmes. Elles n'ont pas souvent le droit de posséder des terres à leur nom, ce qui les empêche d'avoir accès aux crédits. Et même lorsque leurs droits sont établis par la loi, les femmes ne les connaissent souvent même pas.

L'agriculture, à la source de toute nourriture humaine, est un secteur indispensable de l'économie mais il est actuellement de plus en plus mise à sac par le capitalisme, mettant aussi en danger la survie et la santé des populations.

La santé est un domaine particulièrement sensible pour les femmes. Une des conséquences du remboursement de la dette et des ajustements structurels a été la diminution des budgets de la santé et la tendance à la privatiser. Cela a provoqué une recrudescence de maladies que l'on croyait presque éradiquées (comme la tuberculose et la malaria) et dans certains pays, une augmentation du taux de mortalité maternelle et infantile.

2.3. Les mesures urgentes à prendre pour lutter contre la pauvreté des femmes dans le monde

Pour éradiquer la pauvreté, nous ne devons pas nous limiter à des interventions cosmétiques mais nous devons nous attaquer aux racines mêmes de celle-ci. Parmi les causes, citons l'énorme endettement des pays du tiers monde et les programmes d'ajustement structurel qui leur sont imposés, le circuit monétaire et les spéculations financières qu'ils engendrent, le commerce mondial inéquitable...

Pour combattre efficacement la pauvreté, des mesures économiques et sociales sont indispensables et il est de la plus haute importance qu'elles soient prises en étroite concertation avec les populations concernées qui sont les meilleurs juges de leur propre situation.

Une analyse de genre permettra une recherche des causes et des conséquences de la pauvreté qui ne sont pas nécessairement identiques pour les hommes et pour les femmes. Les éventuelles solutions au problème de la pauvreté doivent viser à rééquilibrer les rapports entre les hommes et les femmes. Les femmes doivent obtenir une représentation paritaire dans tous les organes de décision y compris l'attribution de fonds, ici et ailleurs.

Or trop souvent, les femmes n'ont pas voix au chapitre dans la prise de décisions, pas plus au sein de la communauté que dans les arènes nationales et internationales. Dans son rapport sur la pauvreté, le PNUD constate que l'égalité entre les sexes est une condition au renforcement du pouvoir des femmes et à la lutte contre la pauvreté.

 

«  La pauvreté se caractérise par le manque de participation à la prise de décisions et à la vie politique, sociale et culturelle ».

En résumé, nous constatons que

 

«  l'inégalité entre les hommes et les femmes est utilisée pour maximiser le profit. La dérégulation des marchés affecte les pays pauvres par rapport aux pays riches mais affecte particulièrement les femmes.

La pauvreté comme le rapport de genre sont socialement construits et se renforcent mutuellement ».

Nous voulons donc dénoncer l'hiatus qui existe entre les interventions affichées par les différents gouvernements et organisations internationales -et en particulier, le fonctionnement antidémocratique de l' OMC- et leur volonté réelle de les faire aboutir. Contrairement à leur rhétorique, nous ne pouvons que constater une augmentation de la pauvreté et surtout celle des femmes et des enfants partout dans le monde.

Nous marcherons contre la pauvreté à un niveau international pour…

une taxation de la spéculation financière en faveur des femmes :

A ce jour, plusieurs propositions ont été formulées pour assurer la mise en place d'une taxe sur la spéculation monétaire internationale (Tobin, Spahn, encaje...). Cette taxe s'avère tout à fait indispensable.

Les opérations de spéculation- et les gigantesques bénéfices qu'elles engendrent- sont immorales et ne sont freinées ou découragées par aucune législation. Le minimun est l'instauration de contrôles car ces énormes flux de capitaux de la spéculation déstabilisent les pays et peuvent provoquer des crises économiques dont les victimes sont les citoyens ordinaires et souvent, en premier lieu les femmes. Lorsqu'une récession économique s'amorce, ce sont les femmes qui sont les premières exclues du circuit de travail formel et, lorsque les prix grimpent, elles ont de plus en plus de mal à subvenir aux besoins de leur famille.

  • PI.1. Nous exigeons que le gouvernement belge propose et fasse pression sur les responsables européens pour que d'urgence se mette en place une taxe sur les mouvements de capitaux spéculatifs dont les rentrées serviront au développement social et communautaire dans les pays les plus pauvres.
  • PI.2. Nous exigeons que le gouvernement belge formule des propositions quant à l'utilisation des fonds ainsi générés en établissant des critères qui préservent l'accès des femmes à ces fonds , compte tenu des particularités de la pauvreté féminine.

l'annulation de la dette du Tiers-Monde et la suppression des Programmes d'Ajustement Structurels (PAS)

Depuis des années, les ONG ont dénoncé les effets néfastes de la dette sur les pays en développement : les systèmes d' allègement de la dette ne vont pas assez loin. L'exemple de l'Ouganda, qui a bénéficié d'un allègement de dette, montre que le stock total de sa dette n'a en fait été allégé que de 10%.

Les accords d'échange actuels augmentent le pouvoir du secteur privé et diminuent le pouvoir des gouvernements de diriger leur propre économie et de définir leur propre programme de développement.

La Banque Mondiale (BM) et le Fonds monétaire International (FMI) accordent des renouvellements de crédits aux Etats mais sous conditions : ce sont les plans d'ajustement structurel (PAS). Ces conditions sont draconniennes et obligent les Etats à démanteler complètement les infrastructures sociales de base, réduisant de façon catastrophique les budgets de santé et d'éducation qui affectent davantage les femmes.

Les programmes d'ajustement structurel sont inéquitables, ils échouent, entr'autre à prendre en compte les inégalités de pouvoir entre sexes et la subordination des femmes dans l'économie et la société.

 

Les PAS au Zimbabwé ont eu des effets désastreux dans des domaines qui sont aussi ceux dans lesquels il faut intervenir aujourd’hui de façon prioritaire : l'accès à la nourriture, à la santé, à l’éducation, au travail et aux activités sociales.

On y constate

a) des changements dans la consommation des vivres, : les prix à la consommation ont augmenté de 24%, un an après l' introduction de l' ESAP,

b) des changements dans l'éducation : les droits d' inscription dans les écoles augmentant de 40 % dans les zones à forte densité et de 200% ds les zones à faible densité, ce qui a contraint les familles à retirer en premier lieu, les filles des écoles.

c) des changements dans la santé : les frais de maternité sont en augmentation de 257%, un accouchement représentant le double d'un salaire mensuel moyen.

d) des changement dans l'emploi : à partir de juillet 1992, on a assisté à la réduction des revenus provenant des activités génératrices de revenus des femmes. La demande pour les produits qu'elles proposent a chuté de 2/3.

e) des changements dans les loisirs et les activités sociales :

les femmes n'ont pas d' activités de loisirs spécifiques et pratiquement aucune n' impliquant des dépenses d' argent. Quelques unes possédant un revenu plus élevé ont réduit leur budget coiffure, une activité génératrice de revenus pour les femmes plus défavorisées.

En conclusion, lorsque la situation devient trop dure, les hommes partent, tout simplement.

  • PI.3. La marche mondiale des femmes demande que le gouvernement belge s'engage, par l'intermédiaire de ses représentants au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale (BM), pour l'annulation immédiate et totale de la dette des pays en développement
  • PI.4. Elle demande aussi l’abandon total des programmes d’ Ajustement Structurel dictés par le FMI et la BM.
  • PI.5. Les ressources ainsi libérées ne sortiront pas du pays et seront obligatoirement affectées à des fonds de développement nationaux. La participation de la société civile à l’utilisation des fonds ainsi libérés devra être garantie, les fonds seront prioritairement engagés pour un développement social durable sans affecter les fonds destinés à la Coopération au développement.

Les femmes seront représentées paritairement dans tous les conseils affectés à la gestion transparente, au contrôle de ces fonds de développement.

  • PI.6. Nous voulons également que le gouvernement intègre un paramètre "genre" dans l'analyse du commerce international, en étudiant ses effets macro-économiques sur l'emploi, les revenus, la consommation des femmes et des hommes et aussi ses effets non économiques sur la culture et les relations sociales.

reconnaître l’importance de la souveraineté alimentaire et la contribution des femmes dans la production alimentaire

La souveraineté alimentaire est la maîtrise dont dispose une population pour garantir l'existence des conditions de sécurité alimentaire. La sécurité alimentaire consiste en la capacité de pouvoir disposer durablement, par la production ou l'acquisition, d'une nourriture suffisante en qualité et en quantité, sans mettre en danger les autres besoins élémentaires.

Les femmes de par le monde sont plus nombreuses dans la production de nourriture, or on constate que la situation nutritionnelle de celles-ci est inférieure à celle des hommes et que son accès à la terre est limité.

 

En Bolivie «  (...) le problème de l' accés à la terre reste une réalité pour la petite paysannerie bolivienne. Malgré les différentes réformes agraires, le problème de l'accès à la terre n'est toujours pas résolu. (...) Lorsqu'une femme se marie elle perd son accès à la terre. Ce sont toujours les hommes qui sont responsables de l'attribution des terres étant donné que dans cette région, les femmes n'ont pas accès aux postes de responsable communal. Ce qui confirme l'importance de s' intéresser au rôle et à la place des femmes au sein des institutions existantes dans la communauté (organe de gestion communale, organisations paysannes et autres). Si elles ont l’occasion de participer au conseil communal, c’est généralement sans prendre la parole, depuis le fond de la salle, entourées de jeunes enfants. Elles sont peu informées sur la gestion et la qualité des ressources, telles que la fertilité et la localisation des terres attribuées, l’organisation des tours d’eau etc. C’est une des raisons pour lesquels, les femmes seules chefs de ménage se retrouvent dans une situation de pauvreté plus importante.

(…) Le mode de distribution de l'eau (sous forme de tour d' eau) est géré de manière communautaire et les règles sont négociées au sein du conseil communal.... Ces négociations se font entre hommes ".

La marche mondiale des femmes exige que :

  • PI.7. le gouvernement belge, au sein de tous les forums internationaux, défende la production et la distribution de nourriture pour assurer une souveraineté alimentaire de la population.
  • PI.8. qu'il reconnaisse l'importance fondamentale du rôle des femmes dans la production et la distribution de la nourriture. Cette nourriture doit être saine (interdiction des OGM) et rester accessible aux revenus les plus faibles.
  • PI.9. qu'il soutienne l'agriculture créatrice d'emplois et source de nourriture.
  • PI.10. qu'il fasse reconnaître le statut des agricultrices au Sud et au Nord de la planète
  • PI.11. qu'il use de son influence pour assurer au niveau international, des conditions d'égalité aux femmes pour l'accès aux terres (héritages), à l' eau et aux énergies, et aux crédits notamment en garantissant les droits politiques et l'information. La participation au niveau communal est essentielle, sans elle, les femmes sont exclues des décisions pour l'attribution des propriétés.

Les projets de brevetages du vivant, en particulier dans les domaines de l'agriculture, risquent de transférer aux transnationales que personne n'a élues, des pouvoirs exorbitants qui menacent entre-autres la démocratie elle-même.

  • PI.12. que le gouvernement belge refuse d'accéder aux demandes de brevets sur le vivant, des multinationales.

II. Revendications pour lutter contre la violence faite aux femmes dans le cadre législatif belge

3.1. Pauvreté et violence : deux phénomènes liés

Pauvreté et violence sont deux phénomènes intimement liés. La pauvreté ne doit en effet pas être considérée comme un phénomène isolé, ancestral, un état dont les populations héritent de parents imprudents ou malchanceux mais bien comme le résultat de la violence du système économique qui se soucie davantage d’accumulation des profits que de redistribution de la richesse. La violence ressort également des inégalités qui font que le pouvoir est concentré dans les mains de quelques uns, leur donnant un accès privilégié à toutes les décisions

Par ailleurs, la pauvreté considérée sous sa forme économique (revenus faibles ou inexistants), sociale (rapports sociaux insatisfaisants) et culturelle (absence d’éducation) est elle-même source de violence.

3.2. Violence du capitalisme et violence du patriarcat

Il paraît en effet logique que les victimes de la violence d’un système économique en produisent eux-mêmes, dans l’espace « privé » par exemple (maison, relations familiales...), à l’égard de leurs partenaires sexuelles. Une entreprise située dans une zone franche est rarement « citoyenne »: elle recherche de la main-d’oeuvre bon marché, essaie d’échapper aux impôts, pille les ressources naturelles, encouragée par une protection sociale et une législation environnementale la moins stricte possible (utilisation d’insecticides interdits, de procédés de production nocifs...). Le marché global signifie en effet un libre accès à toutes les ressources naturelles, la marchandisation des cultures et des biens locaux. C’est en assimilant le savoir des populations locales et leurs ressources à la « nature », donc gratuite, que de nombreuses entreprises s’arrogent le droit de piller les richesses, au nord comme au sud. Il semble toutefois que, comme à ces débuts au XVIème siècle, c’est principalement à la périphérie, c’est-à-dire au Sud, que le pillage soit le plus intense.

Ce comportement criminel de la part des entreprises qui affecte hommes et femmes est rarement sanctionné. Or cette violence « publique » affecte la sécurité et l’autonomie des individus, qui se trouvent dès lors plus exposés à la violence « privée ». Le viol ou le crime sexuel est une de ces formes de violence, destinée à affirmer la domination de l’homme sur la femme: volonté d’affirmer un pouvoir, jalousie possessive, exigences concernant les « devoirs » de la femme envers un homme, affirmation d’une position hiérarchique justifiant une « correction », tout cela étant lié à l’image ou à un modèle de masculinité.

Nous marcherons contre la violence faite aux femmes pour…

la reconnaissance du problème de la violence faite aux femmes comme une priorité politique

Les femmes et les petites filles, parce qu'elles appartiennent au sexe féminin, sont partout dans le monde victimes de violences perpétrées au sein de la famille et de la collectivité et cela quel que soit leur revenu, leur classe sociale et leur culture.

La violence à l'égard des femmes est l'expression des rapports de force historiques qui ont abouti à la domination des femmes par les hommes. Elle découle de comportements culturels qui perpétuent le statut inférieur réservé aux femmes dans toutes les sociétés. La violence envers les femmes se manifeste à travers la violence psychologique, physique et/ou sexuelle exercées sur les femmes majeures ou mineures :

  • au sein de la famille ou de la relation de couple, que l'auteur partage ou ait partagé la demeure des victimes, y compris la violence conjugale, les sévices sexuels infligés aux enfants, le viol conjugal, les mauvais traitements, les mutilations génitales et tout autre pratique traditionnelle préjudiciable aux femmes
  • au sein de la collectivité, y compris les viols, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel et l'intimidation au travail, le proxénétisme et la prostitution forcée, l'homo-lesbophobie
  • perpétrée ou tolérée par l'état, y compris les violences culturelles et économiques, les violences exercées spécifiquement sur les femmes en temps de guerre
 

« Dans la vaste majorité des cas, les sévices subis par les femmes et les fillettes sont le fait d'hommes. Il arrive certes que des voies de fait et des violences soient commises par des femmes, et le problème doit être traité ; cette minorité de cas ne doit toutefois pas détourner l'attention de la question centrale - à savoir que la violence à l'égard des femmes et des fillettes ayant des hommes pour auteurs - est endémique dans la plupart des sociétés. »

Pour relever le défi que constitue l'élimination de toute violence à l'égard des femmes au sein de la famille, de la communauté et de l'Etat, il est nécessaire et possible de mettre au point une approche globale, multidisciplinaire soutenue par les pouvoirs publics.

  • V1. Les pouvoirs publics doivent donc reconnaître officiellement :
 

- que la violence envers les femmes est un problème multiforme qui puise ses racines dans le statut inférieur réservé aux femmes dans l'ensemble de la société

l'ampleur de ce problème

- que cette violence est socialement inadmissible, condamnable et que l'Etat ne peut la tolérer

  • V2. Par ailleurs, nous exigeons des pouvoirs publics une politique structurelle et continue qui vise l'élimination des violences et l'émancipation des femmes. Actuellement, toutes les actions contre les violences faites aux femmes sont dépendantes de l'intérêt que portent des personnes privées et publiques à cette problématique. De plus aucune lien n'est fait entre les violences subies par les femmes et leur place dans la société .

Afin d’atteindre cet objectif, les pouvoirs publics doivent :

  • V3. élaborer un plan national d'action contre les violences faites aux femmes établi en collaboration permanente avec l'ensemble des mouvements de femmes et de tous les des acteurs de terrain concernés par la problématique, rassemblés dans un lieu public de concertation,
  • V4. dégager des moyens financiers annuels qui permettent de concrétiser ce plan d'action,
  • V5. mener une politique structurelle d'égalité entre les hommes et les femmes dont les progrès seront régulièrement évalués,

l’organisation de campagnes de prévention et la garantie de l’aide aux victimes

Le principe de l'égalité et du partenariat entre hommes et femmes et le respect de la dignité humaine doivent prévaloir dans tous les aspects de la vie en société et nécessitent des profonds changements de mentalité. Ceux-ci passent par l'éducation mais aussi par la mise en place de campagnes d'information et de sensibilisation du public qui ont déjà prouvé leur efficacité mais qui pour le rester doivent être régulièrement renouvelées. Il est également nécessaire d'informer les victimes de violences de leurs droits et de l'aide dont elles peuvent disposer ainsi que de sensibiliser et de former les différents intervenants (forces de l'ordre, assistants sociaux, médecins, avocats, magistrats, fonctionnaires, enseignants ... )

Les pouvoirs publics doivent

  • V6. mettre en place des campagnes d'information ciblées pour les jeunes, les femmes, les hommes
 

1) qui expliquent les causes et les conséquences des violences faites aux femmes

2) qui visent des changements de mentalité quant aux stéréotypes hommes/femmes

3) qui renseignent les victimes sur leurs droits et sur l'aide qui peut leur être apportée

  • V7. soutenir les actions de formation de base et continuée des personnes amenées à intervenir dans l'aide aux femmes victimes de violences (enseignants, médecins, infirmières, thérapeutes, assistants sociaux, forces de l'ordre, membres de l'appareil judiciaire.) et cela dans une perspective féministe,

Nous plaidons également pour que le gouvernement

  • V8. inscrive la problématique de l'égalité entre hommes et femmes dans la formation des enseignants,
  • V9. inscrive l'éducation des jeunes aux relations égalitaires hommes/femmes et à la non-violence dans les programmes scolaires (dès l'école primaire),
  • V10. adopte une réglementation stricte sur les jeux, jouets qui développent l'agressivité
  • V11. assure la mise en place d'un environnement sécurisant pour les femmes (espaces verts, parkings....)

une justice effective et cohérente

Il existe déjà de nombreuses lois sur la protection des victimes et pour la punition du coupable. Cependant, dans la pratique, elles sont insuffisamment appliquées. La mise en oeuvre de ses droits par la victime est souvent freinée par un manque de protection et par des procédures trop longues et coûteuses. L' administration cohérente et effective de la justice pénale démontrerait que l'Etat réprouve la violence envers les femmes et que celle-ci est punissable.

Les pouvoirs publics doivent contribuer à construire:

  • V12. déterminer une politique criminelle qui aboutit à la condamnation des agresseurs et qui évite le fréquent classement sans suite opéré par les Parquets
  • V13. évaluer périodiquement l'application des lois concernant la répression des violences faites aux femmes
  • V14. garantir la protection effective des victimes de violences après leur agression et pendant les procédures judiciaires
  • V15. établir de nouvelles règles juridiques pour accélérer, simplifier et rendre moins coûteuses les procédures judiciaires pénales et civiles engagées par les femmes victimes de violences (suivi de la plainte, constitution de partie civile dans un procès pénal, sanction de l'agresseur, séparation provisoire, garde des enfants, divorce, paiement des pensions alimentaires)
  • V16. prendre en compte, dans la loi pénale, les violences autres que physiques et sexuelles
  • V17. établir un droit propre, pour les associations de lutte contre les violences faites aux femmes, de se porter partie civile et cela indépendamment de la victime et garantir la mise en oeuvre effective de ce droit par l'établissement d'un fonds de solidarité qui permettrait le financement de la procédure

le maintien et le développement des services de secours et d'aide

Actuellement et par manque de financement, il n'existe pas de services spécifiques de secours et d'aide urgente aux femmes victimes de violences, les centres et maisons d'accueil existants sont submergés par les demandes, il n'existe que très peu de lieux de traitement des agresseurs. De plus l'expertise des mouvement de femmes qui travaillent sur le terrain de l'aide aux victimes et de la prévention des violences depuis de nombreuses années n'est pas reconnue à sa juste valeur.

Nous exigeons des pouvoirs publics :

  • V18. la mise en place ou le développement de services spécifiques pour l' écoute, l'accueil et l'aide des femmes victimes de violences en tenant compte de l'expertise acquises par les mouvements de femmes qui sont sur le terrain. Ces services doivent bénéficier de personnel formé à la problématique.
  • V19. le financement public permanent des services et centres d'accueil existants
  • V20. la mise en place de numéros d'appel gratuits et régionaux supervisé par les mouvements de femmes de terrain
  • V21. la prise au sérieux des conséquences de la violence sur la santé des victimes et le remboursement, par l'assurance soins de santé, des services d'aide psychologique
  • V22. le développement des structures spécifiques pour traiter l'agresseur

l'application effective des principes établis par les traités d'internationaux des Droits de l'Homme et le respect des droits des femmes

La déclaration universelle des droits de l'Homme proclame les principes d'égalité et de non-discrimination mais ne semblent pas s'appliquer aux femmes qui partout sont encore victimes de violences pour des motifs sociaux, culturels, religieux. : -discriminations liées à l'appartenance sexuelle -discriminations dûes à l'orientation sexuelle -mutilations sexuelles -mariages forcés -trafic des filles et des femmes à des fins d'exploitation sexuelle De telles pratiques sont courantes en Belgique

C'est pourquoi les pouvoirs publics doivent :

  • V23. veiller au respect et à l'application par rapport aux femmes de tous les traités internationaux qui garantissent le respect des droits humains fondamentaux
  • V24. veiller de façon permanente et spéciale à l'application de la Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes (New-York, 1994)
  • V25. respecter la Convention de Genève sur le droit d'asile et accorder ce droit aux femmes victimes de violences et de discriminations liées à leur état de femme ou à leurs choix sexuels.
  • V26. lutter, par la coopération internationale, contre toutes les formes de trafic de femmes et de fillettes et offrir une aide adéquate aux victimes.
  • V27. établir une loi anti-discriminatoire envers les homosexuelles (cfr Pacte européen d'Amsterdam)
  • V28. Le sort des sans-papiers est inacceptable. Nous réclamons une évaluation objective de la récente campagne de régularisation des "sans-papiers", ainsi qu'une politique d'asile respectueuse des droits de l'homme et de la nécessaire solidarité entre les peuples.

les violences faites aux femmes dans la guerre

Les violences spécifiques faites aux femmes en temps de guerre font le plus souvent partie d'une stratégie militaire. Tant les gouvernements que des groupes d'opposition armée utilisent le viol et d'autre formes de violences comme arme d'intimidation ,contrainte, épuration ethnique. Toute intervention internationale dans les guerres et autres conflits armés doit tenir compte des conséquences particulières de ceux-ci pour les femmes.

Les pouvoirs publics doivent :

  • V29. reconnaître les violences spécifiques faites aux femmes en temps de guerre et postuler la condamnations de tels actes au niveau international
  • V30. envoyer des équipes mixtes et paritaires lors des missions de paix et de résolution des conflits, spécialement formées pour aider les femmes victimes de violences inscrire dans la formation générale des militaires des cours sur les violences liées à l'appartenance sexuelle ,leurs causes sociales et culturelles ainsi que leurs conséquences pour les victimes

accroître notre connaissance sur le phénomène de la violence envers les femmes afin de mieux la combattre

Depuis la moitié des années '80, de nombreuses études scientifiques ont été menées les pouvoirs publics sur la problématique des violences faites aux femmes mais qui avaient déjà été établies par les mouvements féministes des années '70.

A travers une véritable politique de recherche sur les violences faites aux femmes les pouvoirs publics doivent donc :

  • V31. actualiser les études existantes,
  • V32. commander de nouvelles recherches sur les violences faites aux femmes et ses conséquences,
  • V33. établir des statistiques précises et régulièrement réactualisées sur l'ampleur de la problématique,
  • V34. créer un centre de recherche national qui diffuse largement les études nationales et internationales.



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